Le sens du vent chez les marchés...
Observons la parité Euro/Dollar depuis janvier 2008 :
Une conclusion s'impose : les marchés financiers n'anticipent pas, ils réagissent à la hausse et à la baisse en fonction du sens du vent.
- Acte I de janvier à août : la FED baisse ses taux et la BCE les laisse inchangés, incitant les investisseurs à acheter des euros (puisqu'ils sont mieux rémunérés !)
- Acte II de août à novembre : la situation se dégrade aux États-Unis avec la mise sous tutelle de Freddie Mac et Fannie Mae, la disparition de Lehman Brothers, le renflouement de l'assureur AIG, etc. Et pendant ce temps-là, le dollar monte. Plus les US vont mal, mieux leur monnaie se porte (sic).
- Acte III de décembre à ? : le dollar repart dans une baisse effrénée, pour le moment expliquée par des raisons techniques par des analystes dont la fiabilité reste à démontrer.
En 3 mois, on passe d'un plus bas historique du dollar face à l'euro (atteint en juillet) à un plus haut de 3 ans (atteint en octobre).
Si la hausse du dollar survenue à partir d'août est contradictoire avec la dégradation concomitante de la santé de l'économie américaine, il y a quelques raisons qui peuvent la justifier.
Une de ces raisons est que lors de moments de paniques, on observe un « Fly to quality », que l'on peut traduire par « Sauve qui peut ». Les investisseurs se ruent en masse et selon la méthode Panurge vers les placements considérés comme les plus sûrs du moment. Or, en ces temps difficiles, ces placements sont notamment la dette de nos états, et plus particulièrement la dette américaine. Et pour acheter de la dette américaine, il faut bien des dollars.
En attendant, le dollar risque bien de replonger vers ses plus bas niveaux d'ici quelques mois. Les US ont en effet une dette exponentielle, qui a augmenté de 15 % depuis le début de l'année (!). D'après le plan concocté par Obama (1000 milliards de $ parait-il), ce n'est pas prêt de s'arrêter. À un moment, il faudra bien rembourser et viendra un temps où la confiance dans la dette américaine cessera. Quand ce moment arrivera, les États-Unis seront en cessation de paiement, incapables de faire face à leurs échéances (et cela peut-être dès l'été 2009 d'après le GEAB).
Il leur restera alors une solution : faire tourner la planche à billets pour rembourser les dettes. Dans le meilleur des cas, cela dévalue une monnaie et provoque de l'inflation. Dans le pire des cas, l'hyperinflation. Et accessoirement, du chômage de masse.
À ce petit jeu de la dette, notons que le rendement de l'OAT (Obligation Assimilable au Trésor, dette à long terme émise par l'état français) était à 3.7 % fin novembre, tandis que son homologue allemande était à 3.3 %. Autrement dit : les investisseurs prêtent à un taux plus faible aux allemands qu'aux français. Ils considèrent donc que nous prêter de l'argent est plus risqué... Pas d'inquiétude cependant, ça ne date pas d'hier.
... et chez nos banques centrales
Maintenant, observant l'évolution des taux d'intérêts fixés par la BCE et la FED :
Taux BCE![]() |
Taux FED![]() |
Là aussi une conclusion s'impose : les dirigeants européens et américains n'anticipent pas plus que les marchés. Ils (sur-)réagissent aux événements. Un Kiervel ? -75 points de base chez la FED. Un Lehman Brothers ? -50 points de base. Du côté de la BCE, c'est reculer pour mieux sauter, +25 points de base en juillet pour faire -175 cumulés les quatre mois suivants.
Pour rappel, les taux directeurs, notamment le « REFI », correspondent au taux d'intérêt payé par les banques commerciales lorsqu'elles empruntent de l'argent à leur banque centrale comme la BCE. Par effet de ricochet, elles ne peuvent pas prêter pour moins cher au particulier... Si la BCE augmente ses taux, le crédit sera plus cher, et vice-versa...
Eh oui, nous vivons dans le monde de l'argent-dette.
Et en ce moment, la mode est à la baisse des taux pour soutenir l'économie : moins le crédit est cher, plus les particuliers et entreprises empruntent et font tourner la machine. À l'inverse, moins d'endettement apporte moins de croissance. D'ailleurs, au rythme ou la FED et la BCE vont, on risque de passer à un taux d'intérêt négatif. Avec un taux d'intérêt négatif, on vous paie pour emprunter (on peut rêver !). Il y a d'ailleurs des précurseurs dans ce domaine : la Suisse a expérimenté le taux d'intérêt négatif pendant quelques jours dans les années 70.
Les dirigeants mondiaux pilotent le navire à vue, ils n'ont à l'heure actuelle aucune capacité d'anticipation. Essayez de faire le Vendée Globe sans boussole, bonne chance !
Mais, si les taux de la BCE baissent, que les banques se prêtent de l'argent entre elles pour moins cher depuis octobre, pourquoi le taux variable sur mon emprunt immobilier va t-il augmenter de 0,45 % en 2009 ? Il faut bien rattraper quelque part l'argent perdu ailleurs :)



